Salaire ou dividendes en SASU : le vrai calcul en 2026
Flat tax à 31,4 %, IS à 15 %, cotisations à 80 % du net : le calcul complet sur 100 000 € de résultat, et les quatre paramètres qui font basculer l'arbitrage.
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Tous les ans, la même question revient sur la table au moment de l'approbation des comptes : faut-il se verser un salaire, des dividendes, ou les deux ? Et tous les ans, la réponse la plus répandue, « les dividendes, c'est moins taxé », est à la fois vraie sur le papier et dangereuse en pratique.
En 2026, l'équation a bougé. La flat tax est passée de 30 % à 31,4 %, ce qui réduit mécaniquement l'avantage des dividendes. Voici le calcul complet, chiffré, sur un cas concret, et surtout les quatre paramètres qui font basculer l'arbitrage dans un sens ou dans l'autre.
Ce qui a changé au 1er janvier 2026
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé le taux de CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Les prélèvements sociaux sur la plupart des revenus financiers passent donc de 17,2 % à 18,6 %, et le prélèvement forfaitaire unique (PFU, ou « flat tax ») de 30 % à 31,4 %, l'impôt sur le revenu restant fixé à 12,8 %.
Concrètement, pour un dirigeant qui se distribuait 50 000 € de dividendes, la facture augmente de 700 € par an. Ce n'est pas un séisme, mais c'est un signal : la composante sociale de la fiscalité du capital est le levier que les gouvernements successifs actionnent le plus facilement, parce qu'elle échappe au débat sur le barème de l'impôt sur le revenu.
Les autres paramètres du calcul sont inchangés. L'impôt sur les sociétés reste à 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice imposable pour les sociétés éligibles, puis à 25 % au-delà. Le plafond annuel de la Sécurité sociale s'établit à 48 060 € pour 2026.
Les deux mécaniques n'ont rien à voir
Le salaire du président de SASU est une charge déductible du résultat de la société. Il fait donc baisser l'assiette de l'impôt sur les sociétés. En contrepartie, le président relève du régime général de la Sécurité sociale au titre de l'article L. 311-3 du Code de la sécurité sociale : c'est un assimilé salarié, avec une protection sociale proche de celle d'un cadre, à l'exception notable de l'assurance chômage. Le prix de cette protection est élevé : cotisations salariales et patronales confondues, comptez de l'ordre de 80 % du net versé.
Le dividende, lui, est une distribution de bénéfice après impôt sur les sociétés. Il ne supporte aucune cotisation sociale en SASU. C'est la différence majeure avec la SARL, où la fraction de dividendes du gérant majoritaire excédant 10 % du capital social est réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS. En contrepartie, il n'ouvre strictement aucun droit : ni retraite, ni indemnités journalières, ni prévoyance.
Ce sont donc deux choses différentes qu'on compare. L'une achète du revenu net et des droits sociaux, l'autre achète du revenu net seulement.
Le calcul sur 100 000 € de résultat
Prenons une SASU dont le résultat 2026, avant rémunération du dirigeant et avant impôt sur les sociétés, s'élève à 100 000 €. Le président est associé unique, célibataire, sans autre revenu, avec une tranche marginale d'imposition à 30 %. La société remplit les conditions du taux réduit d'IS.
Scénario 1 : Tout en salaire
L'enveloppe de 100 000 € correspond au coût total employeur. Avec un ratio de cotisations à 80 % du net, le président perçoit environ 55 556 € nets. Le résultat imposable à l'IS tombe à zéro. Après abattement de 10 % pour frais professionnels, l'impôt sur le revenu s'élève à 15 000 €. Net dans la poche : environ 40 550 €, soit un taux de prélèvement global de 59 %.
Scénario 2 : Tout en dividendes
Le résultat imposable reste à 100 000 €. L'IS s'établit à 6 375 € sur la première tranche et 14 375 € sur le solde, soit 20 750 €. Le bénéfice distribuable atteint 79 250 €, sur lequel s'applique la flat tax à 31,4 %, soit 24 885 €. Net dans la poche : environ 54 365 €, soit un taux global de 46 %.
Scénario 3 : Le mixte « seuil des 42 500 € »
Certains calibrent le salaire pour ramener le résultat imposable au plafond du taux réduit d'IS. Le coût total de la rémunération est alors de 57 500 €, soit environ 31 944 € nets, et le résultat imposable de 42 500 € génère 6 375 € d'IS. Après IR sur le salaire et flat tax sur les 36 125 € distribuables, le net final ressort à environ 48 100 €.
Scénario 4 : Le salaire minimal de validation retraite
On se verse 7 212 € bruts sur l'année, soit le seuil permettant de valider quatre trimestres de retraite en 2026, et on distribue le solde en dividendes. Le coût total de ce salaire tourne autour de 10 200 €. Le résultat imposable ressort à 89 800 €, l'IS à 18 200 €, et la flat tax à 22 482 € sur les 71 600 € distribuables. Net dans la poche : environ 53 200 €.
Récapitulatif
- 1. Tout salaire : ~40 550 € nets · 59 % de prélèvements · droits sociaux complets
- 2. Tout dividendes : ~54 365 € nets · 46 % de prélèvements · aucun droit social acquis
- 3. Mixte seuil IS : ~48 100 € nets · 52 % de prélèvements · droits sociaux complets
- 4. Salaire minimal + dividendes : ~53 200 € nets · 47 % de prélèvements · 4 trimestres validés
Ce que ce tableau dit vraiment
Le scénario 2 gagne le concours de rentabilité immédiate. Il coûte 13 800 € de moins par an que le tout-salaire. C'est cet écart qui explique pourquoi tant de présidents de SASU ne se versent aucune rémunération.
Mais regardez le scénario 4. Pour environ 1 200 € de net en moins que le tout-dividendes, le dirigeant valide ses quatre trimestres de retraite sur l'année. Douze cents euros pour ne pas créer un trou dans sa carrière : c'est probablement le meilleur rapport coût/bénéfice de tout le tableau, et c'est celui qu'on oublie le plus souvent.
Car c'est là que le raisonnement purement fiscal devient piégeux. Un président qui ne se rémunère pas ne cotise pas, et ne valide donc aucun trimestre. Sur dix ans, cela représente quarante trimestres manquants, à racheter plus tard au prix fort ou à compenser par un départ retardé. L'ouverture des droits aux indemnités journalières maladie obéit par ailleurs à un seuil distinct et nettement plus élevé : un salaire calibré uniquement sur la validation des trimestres ne suffit pas à s'en assurer.
Autre limite structurelle du dividende : il ne se distribue qu'après approbation des comptes annuels, une fois par an, et uniquement s'il existe un bénéfice distribuable. Un exercice déficitaire, et le dirigeant se retrouve sans revenu. Le salaire, lui, est mensuel et lissé.
Les quatre paramètres qui font basculer l'arbitrage
Votre tranche marginale d'imposition
Le calcul ci-dessus suppose une TMI à 30 %. À 41 % ou 45 %, l'écart se resserre, car le salaire subit alors une double peine (cotisations puis IR élevé), mais l'option pour le barème progressif sur les dividendes, avec son abattement de 40 %, redevient parfois plus intéressante que le PFU. Cette option se calcule chaque année, et depuis la loi de finances pour 2026 elle peut être modifiée a posteriori dans le délai de réclamation.
Votre âge et vos trimestres déjà acquis
À 35 ans avec une carrière courte, sacrifier ses droits retraite est une erreur coûteuse. À 58 ans avec une carrière complète, le raisonnement s'inverse totalement.
Votre horizon : consommer ou capitaliser
Si vous n'avez pas besoin de sortir la trésorerie, la question du salaire et du dividende est prématurée. Laisser le résultat dans la société, ou le remonter dans une holding, permet de différer l'imposition personnelle et de réinvestir avant frottement fiscal.
Votre situation familiale
Un conjoint aux revenus élevés change la TMI du foyer et donc tout le calcul. Un projet d'acquisition immobilière change les besoins de revenus déclarés pour l'obtention d'un crédit : les banques financent mal un dirigeant qui ne se verse rien.
Le levier qu'on oublie systématiquement
Avant même d'arbitrer entre salaire et dividendes, il existe un troisième canal souvent sous-exploité : les dispositifs qui font sortir de la valeur de la société sans supporter le régime plein.
Le plan d'épargne retraite en fait partie. Les versements individuels restent déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, plafonnée à 37 680 € pour 2026. Depuis la loi de finances pour 2026, ces versements ne sont plus déductibles à compter du 70e anniversaire du titulaire, mais le report des plafonds non utilisés a été porté de trois à cinq ans, ce qui ouvre une fenêtre de rattrapage confortable pour un dirigeant qui a peu épargné les années précédentes.
S'y ajoutent les contrats de prévoyance et de santé, les frais professionnels réellement engagés, et selon la taille de la structure, l'intéressement. Chacun de ces leviers déplace une partie de l'arbitrage hors du duel salaire/dividendes.
Notre lecture
Il n'existe pas de réponse universelle, et méfiez-vous de quiconque vous en donne une en trente secondes. Ce qui existe, c'est un calcul qui dépend de votre TMI, de votre âge, de vos trimestres, de votre foyer et de vos projets à trois ans.
Ce que nous observons en pratique : le tout-dividendes séduit par son rendement immédiat et coûte cher dix ans plus tard. Le tout-salaire rassure et détruit environ 13 % de revenu net par an. La bonne réponse est presque toujours un mixte, calibré non pas sur un seuil fiscal théorique mais sur vos droits sociaux réels et votre besoin de revenu.
Si vous souhaitez chiffrer votre propre situation, prenez rendez-vous : nous établissons le calcul complet sur vos chiffres réels, en intégrant votre foyer fiscal et vos projets. Vous pouvez aussi consulter notre approche de la gestion de société, de la préparation de la retraite du dirigeant et de l'optimisation fiscale.
Questions fréquentes
Les dividendes de SASU sont-ils soumis à cotisations sociales ?
Non. En SASU, les dividendes ne supportent que la fiscalité (flat tax à 31,4 % ou barème progressif sur option) quel que soit leur montant. C'est une différence majeure avec la SARL, où la part de dividendes du gérant majoritaire dépassant 10 % du capital social est soumise aux cotisations des travailleurs indépendants.
Quel salaire minimum faut-il se verser en SASU pour valider ses trimestres de retraite ?
En 2026, il faut percevoir 1 803 € bruts soumis à cotisations pour valider un trimestre, soit 7 212 € bruts sur l'année pour valider les quatre. Ce seuil correspond à 150 fois le SMIC horaire brut en vigueur au 1er janvier, soit 12,02 €.
Un président de SASU qui ne se rémunère pas paie-t-il des cotisations ?
Non, aucune cotisation n'est due en l'absence de rémunération. Mais aucun droit n'est acquis non plus : ni trimestre de retraite, ni indemnité journalière, ni couverture prévoyance au titre du mandat.
Vaut-il mieux opter pour le barème progressif plutôt que la flat tax sur ses dividendes ?
Cela dépend de votre tranche marginale. Le barème ouvre droit à un abattement de 40 % sur les dividendes et à la déductibilité partielle de la CSG, ce qui peut être avantageux pour les TMI basses. L'option est globale pour l'ensemble des revenus du capital de l'année et se recalcule chaque année.
Le président de SASU cotise-t-il au chômage ?
Non. En tant que mandataire social, il ne relève pas de l'assurance chômage et ne peut pas prétendre à l'allocation de retour à l'emploi au titre de son mandat.
Sources
- Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 : hausse de la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %
- Loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103) : non-déductibilité des versements PER après 70 ans, report des plafonds porté à cinq ans
- Code général des impôts, article 219, I-b : taux réduit d'IS de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice imposable
- Code de la sécurité sociale, article L. 311-3 : affiliation du président de SAS au régime général
- Code de la sécurité sociale, article R. 351-9 et circulaire CNAV 2025-33 du 23 décembre 2025 : seuils de validation des trimestres 2026
- Arrêté du 22 décembre 2025, JO du 23 décembre 2025 : plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 fixé à 48 060 €
Les simulations présentées reposent sur un taux de cotisations de 80 % du salaire net, moyenne de marché pour un mandataire social assimilé salarié, et sur une tranche marginale d'imposition constante à 30 %. Elles n'intègrent ni CFE, ni frais de comptabilité, ni contrats de prévoyance. Elles ont valeur d'illustration et ne constituent pas un conseil personnalisé.
Article publié le 31 août 2026. Rédigé par Nicolas Casal, conseiller en gestion de patrimoine, SD Patrimoine & Finance.
